... De cette analyse succincte, il ressort que la technique grégorienne est simple. Or, plus une musique est simple, plus elle exprime le langage naturel de l'esprit, plus elle a d'effet.

La musique modale est employée comme moyen d'introspection, de concentration, d'intériorisation, qui sont les fondements d'une formation ascétique et spirituelle. La musique contemplative apaise les tumultes intérieurs, elle favorise la sérénité. Saint­-Augustin reconnaissait les effets apaisants du chant d'église porteur d'un message sacré.

La musique grégorienne fait chanter l'âme, et dynamise l'être au maximum. La pratique monacale du chant intervient selon une périodicité fixe comme coupure entre de longues phases de silence, preuve que le chant grégorien est source d'énergie.

Grâce à sa technique tant rythmique que modale, il favorise la sérénité, la relaxation psychologique et corporelle. Comme toute musique méditative, la respiration est calme ; le débit cardiaque se ralentit, la tension artérielle et le taux sanguin d'acide lactique ‑ critère de relaxation ‑ diminuent (l'injection d'acide lactique provoque chez certains sujets des crises d'angoisse qui se caractérisent par une réaction de contraction de tout l'organisme).

Dans sa lettre du 8 octobre 1947, Dom Gajard exprime parfaitement les bienfaits du chant grégorien


"Au milieu des bouleversements et des ruines qui nous entourent, dans cette atmosphère de terrible incertitude où nous vivons, ce dont nous avons besoin, c'est de retrouver l'amour du calme, du silence, de la paix... La cantilène grégorienne est merveilleusement apte à nous le donner".

Bien chers amis de l'Association de Catholiques du Val d'Oise,

Au cas où vous ne le sauriez pas encore, permettez-nous de vous annoncer que notre association Una Voce France célèbrera son Cinquantenaire, les 4 et 5 octobre 2014, à Paris, en l’église Sainte-Jeanne-de-Chantal, Porte de Saint-Cloud.

Quelques mots rapides de présentation : Una Voce œuvre pour « sauvegarder et développer la liturgie latine, le chant grégorien et l’art sacré dans le sein de l’Église catholique romaine » (art.1 de nos statuts). Elle fut, peu après sa fondation, à l’origine de la création de la Fédération Internationale Una Voce, présente aujourd’hui dans près de 40 pays...


Pie X


Il s'est exprimé dans le motu proprio Tra le Sollecitudini, paru le 22 novembre 1903.


"La musique sacrée doit posséder au plus haut point les qualités propres à la liturgie : la sainteté, l'excellence des formes d'où naît son autre caractère : l'universalité (c'est‑à‑dire sa catholicité). Elle doit être sainte et par suite exclure tout ce qui la rend profane, non seulement en elle-­même, mais encore dans la façon dont les exécutants la présentent. Elle doit être un art véritable ; s'il en était autrement, elle ne pourrait avoir sur l'esprit des auditeurs l'influence heureuse que l'Eglise entend exercer en l'admettant dans sa liturgie... Ces qualités, le chant grégorien les possède au suprême degré ; pour cette raison, il est le chant propre de l'Eglise romaine, le seul chant dont elle a hérité des anciens Pères..."


Pie XII : Encyclique "'Musicae Sacrae Disciplina" de 1955


En se faisant l'écho du document, et en l' évoquant la sainteté comme condition de l'art liturgique, Pie XII écrivait:


"Cette sainteté est l'attribut éclatant de ce chant grégorien qui a été en usage dans l'Eglise au cours de tant de siècles, et que l'on peut appeler en quelque sorte son patrimoine. Ce chant, en effet, en raison de la convenance intime des mélodies avec le texte sacré des paroles, non seulement s'adapte à celles-ci de la façon la plus étroite, mais encore est comme une traduction de leur sens et de leur vertu, et insinue leur charme dans les âmes des auditeurs ; et elle produit ce résultat par des moyens simples et purs, mais inspirés d'un art si sublime et si saint, qu'ils suscitent chez tous une sincère admiration et qu'ils deviennent pour les maîtres et les connaisseurs de la musique sacrée, comme une source inépuisable de nouvelles harmonies. (Enc. Musicae sacrae disciplinae ‑ La Liturgie n°763).


PAUL VI : Concile oecuménique Vatican II


La Constitution De Sacra Liturgia, promulguée le 4.12.1963, déclare en son


Chapitre Il, Article 54


On veillera cependant, à ce que les fidèles puissent dire ou chanter ensemble en langue latine aussi les parties de l'ordinaire de la messe qui leur reviennent.


Chapitre VI : la musique sacrée,  Article 114


Le trésor de la musique sacrée sera conservé et cultivé avec la plus grande sollicitude. Les Scholae cantorum seront assidûment développés, surtout auprès des églises, cathédrales ; cependant les évêques et les autres pasteurs veilleront avec zèle à ce que, dans n'importe quelle action sacrée qui doit s'accomplir avec chant, toute l'assemblée des fidèles puisse assurer la participation active qui lui revient en propre , conformément aux articles 28 et 30.


Article 11


On accordera une grande importance à l'enseignement et à la pratique de la musique dans les séminaires, les noviciats de religieux des deux sexes et leurs maisons d'études, et aussi dans les autres institutions et écoles catholiques ; pour assurer cette éducation, les maîtres chargés d'enseigner la musique sacrée, seront formés avec soin (...)


Aux musiciens et chanteurs, surtout aux enfants, on donnera aussi une authentique formation liturgique.


Article, 116


L'église reconnaît dans le chant grégorien le chant propre de la liturgie romaine ; c'est donc lui qui, dans les actions liturgiques, toutes choses égales par ailleurs, doit occuper la première place...


Article Il 7


On achèvera l'édition typique des livres de chant grégorien ; bien plus, on procurera une édition plus critique des livres déjà édités postérieurement à la restauration de saint Pie X.


II convient aussi que l'on procure une édition contenant des mélodies plus simples à l'usage des petites églises.


Jean Paul II


A l'occasion du septième Congrès International de Musique Sacrée de Cologne en 1980, Jean Paul II a renouvelé la position de l'Eglise


"Le Concile Vatican II a décrit avec insistance, dans la Constitution "Sacro sanctum Concilium" la fonction spécifique de la musique sacrée (Sacros. Conc. n 112)... le Concile a jugé utile de rappeler à tous, que les diverses communautés liturgiques d'Orient et d'Occident possèdent en propre un patrimoine musical d'une richesse inestimable, et que celui‑ci, après s'être développé pendant plusieurs siècles, est encore en usage de nos jours, offrant ainsi une image de l'art et de la culture des différents peuples. En outre, le concile adresse à tous un pressant appel, pour s'efforcer avec vigueur de conserver les trésors culturels de l'Eglise ...Parmi ces valeurs, une place de choix est réservée au Chant grégorien, à cause de son rôle important dans la vie quotidienne de l'Eglise, et parce qu'il est reconnu, par le magistère de l'Eglise, comme " le chant propre de la liturgie Romaine, intimement lié à la langue latine" ( LC1161 1 7) ."


Le caractère le plus profond du chant grégorien est sa spiritualité. Le chant grégorien ne se réduit pas à un art, il est avant tout une prière, la prière de l'Eglise. Comme l'écrit Dom Gajard:


"le chant grégorien est avant tout une prière, mieux : la prière de l'Eglise catholique, arrivée à sa plénitude d'expression. II est donc une chose d'âme et se situe sur un plan supérieur, comme toute la liturgie, dont il participe et est inséparable ; il est une spiritualité, une manière d'aller à Dieu, de conduire les âmes à Dieu" (la Méthode de Solesmes p. 90).


Le chant grégorien, dont l'objet unique est la prière publique de l'Eglise, ne prend toute sa valeur qu'exécuté dans son cadre naturel : celui de la liturgie solennelle catholique. Le chant grégorien participe donc au caractère surnaturel de la liturgie; c'est un sacramental.


L'Eglise a donc conscience que le chant grégorien fait partie de son patrimoine, de sa tradition vivante. Le chant grégorien est un art authentique au service de la prière. Le Pape Pie XII dans son Encyclique Musicae sacrae en a souligné la valeur artistique (voir la citation dans la Position de l'Eglise). Pour Dom Gajard, art et prière sont inséparables: " lis sont tellement liés qu'on ne peut les dissocier ; impossible de bien chanter sans prier, impossible de bien prier sans chanter bien".


Jean Paul II, lors du septième Congrès International de Musique Sacrée écrivait à propos de la fonction spécifique de la musique sacrée:


"En effet, les paroles, si importantes dans la célébration de la liturgie, acquièrent par le chant une efficacité accrue et s'enrichissent d'un haut degré de dignité, de beauté, et de rayonnement qui permet à la communauté des fidèles présents de pénétrer davantage dans la sainteté du mystère liturgique".


Le chant grégorien est très expressif en raison de sa souplesse tant rythmique que mélodique, sa quasi immatérialité, en un mot sa spiritualité. II est capable de traduire les sentiments les plus divers. Que ce soit dans l'expression de la joie douce et contenue de Noël, de la tristesse austère du Carême et du Temps de la Passion, ou de la joie triomphale de Pâques et de la Pentecôte, le chant grégorien ignore toujours les procédés artificiels ; il demeure toujours naturel "C'est un art vrai, imprégné, saturé de vérité" selon Dom Gajard.


Le chant grégorien est une prière chantée, indispensable à la célébration de la Liturgie, qui comprend l'office divin et la messe.

L'office divin

Les huit offices quotidiens se divisent eux mêmes, en:
* office de nuit ou de matines, qui est le plus long. II a lieu avant la fin de la nuit. Invitatoires, Hymnes, Antiennes et Répons sont rassemblés dans le Responsorial.

* office des heures, dit aussi de jour, qui se scinde en sept parties :

‑ deux grandes Heures : les laudes, ou prières de l'office du matin ; les vêpres, ou office du soir.

‑ les petites Heures, ou Heures médianes, rythment les différents moments de la journée, en principe toutes les trois heures, d'où leur nom de prime (6 heures) tierce (9 heures) sexte (midi), none (15 h) et complies, dernières prières du soir.

Les chants de l'office, rassemblés dans l'Antiphonaire, comprennent avant tout, le chant des psaumes. Distribués entre les différentes Heures de l'office quotidien, les 150 psaumes sont ainsi tous récités au cours d'une semaine.

Ils sont toujours accompagnés d'une antienne, petit refrain musical, plus ou moins orné, qui précède et suit chaque psaume. Elle détermine le ton psalmodique qui s'exécute selon huit modes. II y a donc huit formules psalmodiques (tons simples et tons solennels).

Chacune des heures de l'office inclut aussi des hymnes, d'origine non biblique, écrits en vers réguliers, avec des strophes se succédant sur la même mélodie. Dans l'Antiquité, l'hymne signifiait un chant de louange adressé à une divinité.

Les capitules sont des lectures brèves extraites de l'Ecriture sainte. Le texte varie à chacune des heures de l'Office et pour chaque fête.

Les chants de la messe

Ils sont rassemblés dans le livre appelé Graduel et se répartissent en trois groupes

* les chants du célébrant et de ses ministres qui sont des récitatifs : oraisons, préfaces; bénédictions, etc., font partie du répertoire grégorien et obéissent à des règles très précises,

* les chants assurés par la Schola (chœur de spécialistes) dénommés "Propre" de la messe, car ils sont propres à chaque messe et changent tous les jours. Ils sont au nombre de cinq : Introït, Graduel (ou Alléluia), Alléluia  (ou Trait), Offertoire et Communion.

L'introït se chante au début de la messe. A l'origine, il se chantait pendant l'entrée du clergé. Il était composé d'une antienne et d'un psaume. De nos jours, il ne reste que l'antienne, un verset du psaume et le Gloria Patri.


Le chant de Communion qui accompagne la communion des fidèles est  d'origine psalmodique, mais aujourd'hui on ne chante plus que l'antienne.


Les chants de méditation, entre lectures, épître et évangile, sont au nombre de deux Graduel et Alléluia, (ou Graduel et Trait).


Le Graduel intervient après la lecture de l'Epître; c'est chant monodique répété en partie par le chœur et suivi de l'Alléluia ou du Trait. Ce dernier remplace l'Alléluia pendant le Carême. Au temps pascal, le graduel est remplacé par un alléluia, ce qui donne au total deux alléluias.


Le chant de l'Offertoire qui accompagne l'offrande par le célébrant, ne comporte plus que l'antienne, au caractère généralement recueilli et contemplatif.


Le commun de la messe


Les chants de l'ordinaire de la messe ou Kyriale (dénomination générique des chants de l'ordinaire) sont destinés à l'assemblée des fidèles. Ils comportent cinq pièces dont le texte demeure constant, quelque soit le jour liturgique. Ils sont répartis en 18 messes, comprenant chacune Kyrie, Gloria (sauf pour les messes de l'Avent , du Carême et des féries), Sanctus et Agnus Dei. Les Credo au nombre de six, sont classés à part. Les mélodies de ces pièces sont plus faciles et plus connues.  Leur style est différent de celui des chants du Propre.


*le Kyrie, le premier des cinq chants, est une invocation à la Trinité. II se chante après l'Introït. II a la particularité d'être en grec et non en latin, comme le reste de la messe. Cette tradition, qui remonte aux premiers siècles, s'est maintenue jusqu'à nos jours. Les kyries les plus sobres sont les plus anciens, tels que les kyrie XV, XVI et XVIII.


*le Gloria in excelsis Deo, le deuxième chant de l'ordinaire, essentiellement syllabique, intervient immédiatement après le Kyrie. Il ne se chante ni pendant l'Avent, ni au temps du Carême, ni aux féries de l'année ; c'est‑à‑dire, seulement les jours de la semaine où il n'y a pas de fête.


*le troisième chant de l'ordinaire est le Credo de forme également syllabique. Il se chante après l'Evangile. Introduit tardivement dans l'office de la messe, il n'est présent que les dimanches et aux fêtes solennelles. Beaucoup moins riche que les autres chants de l'ordinaire, il ne comprend que six mélodies.


*le Sanctus, l'avant-dernier chant de l'ordinaire, fait suite à la Préface chantée par le célébrant. C'est le seul chant de l'ordinaire dont le texte est issu de la Sainte Ecriture.


* Enfin l' Agnus Dei est une triple invocation qui se chante avant la Communion.


Toutes les religions se sont servis de la musique pour imprimer un caractère plus religieux à leurs rites solennels. La musique est l'art qui sait le mieux exprimer l'indicible.


Les Anciens considéraient la musique comme d'essence divine; elle établissait un lien entre l'homme et le Divin. Dans tous les rites, les phénomènes sonores jouent un rôle fondamental, car ils mettent en communication l'homme et le sacré. La perte du sens sacré correspond à une dégénérescence de toutes les valeurs. Le philosophe chinois Kouei disait "Veut ‑on savoir si un royaume est bien gouverné et si les mœurs de ceux qui l'habitent sont bonnes ou mauvaises ? Qu'on examine la musique pratiquée".


Le rôle de la musique sacrée est d'éveiller le sentiment du divin et une attitude intérieure d'adoration. Comme l'explique si bien Ravi Shankar, musicien indien, "Le but suprême de notre musique est de révéler l'essence de l'univers qu'elle reflète et les ragas figurent parmi les moyens qui permettent d'appréhender cette essence. Ainsi, à travers la musique, on peut atteindre Dieu".


Toute musique sacrée traditionnelle est modale. Elle est présente en Inde (raga), au Proche‑Orient (dastgha en Iran) et dans les pays arabes (maqam). C'est par définition une musique de méditation et d'intériorité. Par ailleurs, cette musique possède un effet psychologique et physiologique très profond, puisque la pratique mentale d'un mode est considérée comme l'une des formes de méditation les plus efficaces. La musique modale repose sur l'organisation des intervalles qui sont en général de faible amplitude.


Le chant grégorien est le répertoire de chant liturgique propre à l'Eglise catholique de rite latin. Ce chant primitif s'est lentement élaboré entre le Vème et le VIlème siècles et s'est développé jusqu'aux XIIème‑XIIIème siècles.

Origine et chant romain

II existe des rapports entre le grégorien primitif et les répertoires orientaux : juif, copte, arménien, byzantin, syrien. L'Église, dès ses premiers siècles, a assimilé les héritages des Hébreux et des Grecs. La langue grecque était, aux premiers temps du christianisme, le mode d'expression officiel de l'Eglise. A partir du Illème siècle, la langue latine s'étend dans l'ensemble du bassin méditerranéen, puis en Europe. A la fin du IVème siècle, l'Eglise de Rome adopte le latin comme langue liturgique. La musique s'adapte aux mots et aux phrases latins. C'est donc à cette époque que commence à s'élaborer le répertoire de chant liturgique latin qui donnera naissance au chant grégorien.

Les sources de ce répertoire musical sont multiples. A l'origine du chant grégorien se trouvent les récitatifs simples, ornés seulement de légères inflexions de la voix soulignant la ponctuation du texte (chant de l'Epître, de l'Evangile, du Pater..).

Le chant des psaumes était déjà pratiqué par les Hébreux, puis par les premiers chrétiens selon des principes qui sont resté les mêmes aujourd'hui. 73 des 150 psaumes sont attribués au roi David, fondateur de Jérusalem (1015 ‑ 970 av. J.C.). L'Orient est à l'origine de l'hymne et de l'antiphonie (psalmodies alternées entre deux chœurs ou solistes).

Les techniques mélodiques se perfectionnent. Le chant devient "orné" avec apparition de vocalises (Introït, Graduel, Alléluia). En revanche, les chants du peuple gardent leur simplicité primitive: au IVème siècle, apparaissent les premiers Introït et Alléluia, au Vème les premiers Offertoires et chants de Communion.

L'âge d'or

Le fond du chant grégorien se constitue entre le VIème et le VIllème siècles. A la fin de celui‑ci, le chant romain prend le nom de chant grégorien ; le répertoire musical est déjà très riche, varié et complet. L'essentiel du répertoire est composé à l'époque carolingienne (IXème siècle).

Huit papes ont contribué à l'organisation de la liturgie, dont Saint Grégoire le Grand (540 - ­604) qui a donné son nom au chant liturgique. Contemplatif et disciple de St‑Benoît, il codifie et officialise les textes liturgiques et la mélodie. Sous Pépin le Bref, puis sous Charlemagne, la liturgie romaine est adoptée dans l'Empire franc. Elle devient un élément unificateur entre les peuples. Le chant grégorien se propage dans presque toutes les églises d'Occident (Gaule, Angleterre, Allemagne). Les mélodies se transmettent oralement. II fallait dix ans d'études pour devenir chantre, c'est‑à‑dire pour apprendre par cœur textes et mélodies. L'apparition des premiers signes musicaux date de la fin du IXème siècle.

L'écriture musicale est née au XIème siècle, grâce à un moine bénédictin Guy d'Arezzo. Les notes désignées jusqu'alors par les lettres de l'alphabet, prennent les dénominations actuelles : ut, ré, mi, fa, sol, etc..., empruntés à l'hymne des Vêpres de Saint Jean Baptiste. Ainsi, le "A" devient LA, le "B", SI, le "C", DO...


Chaque son est annoté sur des portées de quatre lignes. Cette notation musicale sur lignes ne donne pas toutes les indications de nuances rythmiques et expressives présentes dans les anciens manuscrits. Pourtant, elle prouve son utilité et se propage.


Le répertoire continue à s'enrichir de textes et de mélodies jusqu'à la fin du Moyen‑Age.


La décadence


Du XIVème au XIXème siècles, des modifications importantes sont apportées à la mélodie De monodique, à une seule voix, le chant grégorien évolue et devient polyphonique à la Renaissance. Certaines pièces sont chantées à quatorze voix. Le rythme change, les mélodies sont modifiées, les notes prennent des durées variables. De modale la musique devient tonale. C'est la période du "plain‑chant". Supplanté par une musique moderne, le grégorien décline peu à peu.


Retour aux sources, au chant grégorien traditionnel .


Grâce à Dom Prosper Guéranger (1803‑1875), la vie monastique, la liturgie romaine et le chant grégorien traditionnel sont restaurés en France. Les bénédictins de Solesmes, - Dom Jausions, Dom Pothier, puis Dom Mocquereau ‑ et quelques moines sillonnent toute l'Europe à la recherche de manuscrits anciens. Ils restituent la mélodie originale en étudiant et en comparant les textes, comme les signes musicaux. Cette restauration a l'appui et le soutien du pape Pie X qui, en novembre 1903, publie le célèbre motu proprio sur la musique sacrée. II ordonne la restitution du chant grégorien dans toute l'Eglise : " L'antique chant grégorien devra être largement rétabli dans les fonctions du culte". Les successeurs de Pie X poursuivent cette décision : Pie XI avec la constitution apostolique "Divini cultus" du 20 décembre 1928 ; Pie XII par l'encyclique "Musicae sacrae disciplina" du 25 décembre 1955 et Paul VI, lors du lIème concile du Vatican, "De sacra liturgica".


La pratique du chant grégorien en France


Le chant grégorien restauré sous l'impulsion de l'Abbaye de Solesmes se répand en France dès 1922, soit peu de temps après le retour des moines, exilés à l'île de Wight, en Angleterre, depuis le début du siècle.


En 1923 est créé à Paris un Institut grégorien rattaché à l'Institut Catholique. Dans la foulée un certains nombre d'autres Instituts ou écoles. se développent, parmi lesquelles la Schola St Grégoire du Mans, fondée en 1938. Leur mission est d'enseigner le chant grégorien aux écoles catholiques, séminaires, chorales et maîtrises paroissiales. Ce mouvement connaît son apogée vers les années 1960. L'enseignement de la méthode "Ward", contribue dans les années 1950 à la formation musicale des enfants puis des adultes.


A la suite de la réforme liturgique qui suivit le concile Vatican II et qui autorise l'emploi de langues vivantes dans la liturgie, le répertoire grégorien est presque totalement abandonné des paroisses et des congrégations religieuses, à l'exception de quelques monastères et communautés religieuses.


Le renouveau contemporain


La plupart des Instituts grégoriens cessent leur activité ou s'intéressent à d'autres formes d'expression musicale religieuse. L'enseignement du chant grégorien ne disparaît pas complètement. La Schola Saint Grégoire profondément convaincue de la valeur irremplaçable de ce patrimoine sacré, poursuit néanmoins sa vocation. Aussi, depuis quelques années, clercs et laïcs redécouvrent avec joie, l'élan spirituel qui jaillit du chant grégorien, prière de l'Eglise catholique.


Le chant grégorien est le chant liturgique de l'Église catholique romaine. II doit son nom au pape Grégoire‑le‑Grand (590 ‑ 604) qui, pour remédier à la diversité des usages musicaux religieux à travers la chrétienté, réglementa le chant d'église.


Le terme plain chant, du latin "cantus planus", signifie musique plane par opposition à musique mesurée "cantus mensuratus". II n'apparaît qu'au Xllème siècle et n'est pas synonyme de chant grégorien.


Les mélodies du chant grégorien ont été composées à des époques et dans des contrées différentes. Psaumes et cantiques sont issus du culte hébraïque. Le fond de la liturgie chrétienne s'est constitué en Palestine et en Syrie (Jérusalem et Antioche) le berceau du premier christianisme. Mentionnons que c'est par l'intermédiaire des Byzantins que nous avons hérité du système des huit modes.


Le chant grégorien est une musique exclusivement vocale. Elle donne toute l'importance à la voix et donc au souffle, manifestation de la vie. La musique grégorienne est monodique, c'est un chant à une seule voix qui exclut toute polyphonie. Elle n'admet dans sa ligne mélodique aucun son concomitant.


C'est dans les cantillations que le caractère liturgique du chant grégorien apparaît à l'état le plus pur : récitations modulées, à mi-chemin entre la parole et le chant. En fait, c'est la manière traditionnelle de lire les textes sacrés, non seulement dans l'Occident latin, mais aussi dans la liturgie de la chrétienté orientale et dans bien d'autres religions : le débit se fait recto-tono (une seule et même note qui est la corde de récitation) avec quelques ornements et inflexions pour rompre la monotonie. II se crée une sorte d'harmonie entre la phrase chantée et le souffle du chanteur. La psalmodie, le chant des Psaumes et des Cantiques de l'Église, apporte calme et paix. Cette forme musicale est la base de tout le chant grégorien.


Styles


Le répertoire grégorien n'est pas uniforme : on y distingue trois grands styles de composition. En partant du plus simple, citons


* le style syllabique où chaque syllabe comporte une seule note,


* le style orné (ou neumatique) où la plupart des syllabes comportent un ornement bref composé de trois ou quatre notes,                                                                                                                                .,


* le style mélismatique où certaines syllabes, s'allongent considérablement en raison de mélismes (ou iubili) - longues vocalises développées - qui peuvent comporter jusqu'à cinquante notes. Chanter sans parole se dit "jubilare" en latin. Selon Saint‑Augustin, "Celui qui jubile ne prononce pas de paroles, mais il exprime sa joie par des sons inarticulés. Pourquoi ? Parce que sa joie est si grande que les paroles ne sauraient la rendre". Le jubilus est souvent un prolongement de la dernière syllabe de l'alléluia. II est présent dans les Graduels et dans les versets d'Offertoire.


L'ornementation a pour but de souligner une ponctuation, de mettre en relief un mot ou d'extérioriser le contenu émotionnel soit d'un mot évocateur, soit d'un membre de phrase.


L'importance du rythme


Contrairement à ce que l'on pourrait croire, le rythme n'est pas une question d'intensité, d'alternance de sons forts et de sons faibles qui serait produite par le retour régulier de temps forts appelés "accents". Par définition, le rythme est une question de mouvement, d'élan et de retombée.


Le chant grégorien possède deux facteurs de rythme : la mélodie et le texte.


* La mélodie grégorienne


Le rythme de la mélodie grégorienne est un "rythme libre" par opposition au "rythme mesuré" des musiques classiques et modernes. Le rythme du chant grégorien est non mesuré. C'est un mélange de mesures à deux temps (rythme binaire) ou trois temps (rythme ternaire) qui s'enchevêtrent, avec des intervalles égaux ou inégaux. La succession libre de ces temps constitue un des plus grands charmes de la mélodie grégorienne.


Dans la notation musicale grégorienne, toutes les notes valent un temps simple ou premier. Il est impossible donc de fragmenter comme dans la musique moderne le temps premier (la croche) en ses sous‑multiples (doubles croches, triples croches).


Dans le chant grégorien, le flux mélodique et rythmique est régulier, sans heurt, d'où l'écoulement tranquille et harmonieux du mouvement sonore. (Voir l'extrait de la lettre de J. Ward). Selon Dom Mocquereau, "Pour bien rendre la mélodie grégorienne, l'art est nécessaire mais insuffisant, il faut préparer l'âme ; c'est elle qui doit vibrer dans le chant. "


* Le rythme du texte latin


Une partie de la mélodie grégorienne trouve son origine dans le mot latin. Le latin qui n'est plus parlé a pris valeur de langue sacrée, comme le sanskrit pour les Hindous. Son usage est réservé à la prière.


L'élément de base est l' accent du mot latin qui ne se trouve jamais sur la finale elle même, mais sur l'une des deux syllabes précédentes. Le mot latin est un "rythme" qui va de la première syllabe (élan) à la finale (retombée), toujours douce. L'accent du mot latin qui est l'âme du mot, n'est pas appuyé, Il est même léger, souple. II n'a pas pour but d'allonger la syllabe qui le porte, mais de la mettre en relief. C'est cet accent qui confère aux mots une véritable musique interne et apporte une incomparable souplesse à la phrase latine.


Interprétation par Solesmes ,  de J. Ward


Dans une de ses lettres, J. Ward en fait une analyse approfondie:


"Le chant de l'abbaye donne une impression de calme et de naturel extraodinaires. Nul recherche de l'effet, mais non plus nul effort pour l'éviter lorsqu'il est contenu dans la musique elle‑même. On entend absolument rien de cette musique hachée que l'on rencontre parfois chez certains élèves de Solesmes aux Etats‑Unis. Au contraire, ce qui ressort au-dessus de tout, c'est la phrase dans la plénitude de son développement, ce que Dom Mocquereau appelle "le grand rythme" et tout l'enseignement personnel de Dom Mocquereau tend justement à ce que la phrase soit bien l'élément suprême et que les mots et les membres de phrase se fondent dans le grand tout de la phrase musicale parfaite (...)


"La schola et la communauté chantent avec un "legato" admirable, sans donner un volume de voix très considérable, mais avec une sonorité très ferme et très bonne, quelque chose comme un orchestre de violoncelles.


"Ce qui frappe par dessus tout, c'est cette ondulation vraiment vivante, où l'on ne sent rien de mécanique, mais qui monte et s'élève au sommet de la phrase comme le gonflement d'une vague parmi toutes les autres."



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